De la croissance à la prospérité

Edito, par Philippe MATHIS – 18/09/2022

Derrière l’opposition archaïque entre croissance et décroissance, plane l’ombre d’un indicateur unique qui guide nos politiques économiques depuis des décennies : le PIB. Or, les rapports du GIEC démontrent que le modèle économique de cet « indicateur mesure » n’est plus adapté à l’urgence climatique. Les rapports de l’IPBES, illustrent quant à eux le lien entre perte de biodiversité et pandémies, de même que l’impact de nos activités économiques sur les services écosystémiques, des ressources en eau à la productivité agricole. La survie de notre modèle civilisationnel dépend donc de notre capacité à réduire les impacts et déséquilibres engendrés par notre « croissance ».

Plusieurs tentatives visant à remplacer le PIB par un nouveau thermomètre ont échoué. Depuis 30 ans, le PNUD propose d’utiliser l’IDH (Indice de Développement Humain), qui intègre des critères visant au développement humain et au bien-vivre. Mais le changement du thermomètre suffirait-il à faire baisser la fièvre ?

 Au-delà du PIB, c’est notre paradigme économique qu’il faut faire évoluer, en pénalisant les activités impactant négativement les citoyens et l’environnement, en promouvant au contraire la valeur des actions sociales. A défaut de le remplacer, il est indispensable que le PIB ne soit plus l’unique boussole des politiques publiques. Nous devons y associer d’autres indicateurs, des mesures de la prospérité.

Donnons-nous les outils d’évaluation afin que l’opposition entre croissance et décroissance perde de son intérêt. Un monde aux ressources fossiles, minérales et renouvelables qui s’épuisent conduira à une décroissance du PIB inéluctable si nous n’adaptons pas notre modèle économique. Nous devons rechercher une croissance du bien-être des populations et non une croissance de biens consuméristes qui produisent une quantité phénoménale de déchets chimiques, plastiques, et polluent l’air, l’eau, les terres au point de franchir allègrement toutes les limites planétaires et mettre en péril notre civilisation.

Ce « Développement Humain » soutenable économiquement, socialement et environnementalement vise à produire, commercer et consommer dans un objectif de prospérité partagée, équitable, respectueuse des populations et des ressources naturelles. Il doit nous conduire à une évolution de notre mode de vie et une « coopération » avec la nature au travers de nouvelles normes sociales et commerciales.

Cela implique d’abord de repenser les règles du marché concurrentiel en les adaptant aux besoins des populations, des territoires et des acteurs économiques qui les composent. En appliquant le tryptique des Nations-Unies de bonne gestion, d’équité et d’innovation, nous devons mettre en œuvre des politiques volontaristes conduisant à la décroissance des déséquilibres planétaires et à la croissance d’une économie au service du bien-être des entrepreneurs, commerçants, agriculteurs, qui adaptent leurs territoires aux changements climatiques par leurs échanges commerciaux, fabrications et productions locales, qui confortent la résilience et les liens sociaux en harmonie avec la nature.

Emmanuel Macron a tracé le chemin , « le quinquennat sera écologique ou ne sera pas ! »

Cela implique de revoir notre culture de gouvernance, de changer la manière de penser, d’inclure l’intergénérationnel et les légitimes revendications des futurs humains, de décloisonner l’écologie. C’est prendre en compte les interdépendances entre activités humaines et nature, et initier des engagements forts pour préserver les « biens naturels communs » de l’humanité. C’est s’ouvrir à notre interdépendance au monde et concourir aux 17 Objectifs de Développement Durable des Nations Unies, ratifiés à l’ONU par 193 pays.

C’est aussi tenir compte des écarts de développement. Dans les pays en voie de développement, une croissance de biens et services est évidemment nécessaire pour résorber la pauvreté, le manque d’éducation, améliorer le bien-être et la santé des populations et favoriser ainsi une décroissance choisie de la natalité des pays à faible niveau de vie. Ce n’est que par des institutions fortes, apportant des incitations pour éviter des points de basculement des limites planétaires par des actions collectives soutenant le multilatéralisme que les déséquilibres entre pays développés et en développement seront aplanis.

Dépasser les controverses sur la décroissance, inventer de nouveaux indicateurs de prospérité, revoir nos modèles de production et de gouvernance, priorisant une Education au Développement Durable tout au long de la vie, placer les services apportés par la nature au cœur de notre développement, voilà le programme qui permettra d’embarquer les citoyens, en ne laissant personne de côté, dans un projet de vie durable, responsable et partagé.

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