La Planification Ecologique : Un processus d’amélioration continue

Catherine JAGU, présidente UFLC

La planification écologique qui vient d’être présentée par l’État fin septembre présente d’énormes qualités par rapport à tout ce qui a pu être fait jusqu’à présent en France. Il est important de reconnaître ces progrès qui vont dans le sens de ce que beaucoup d’ONG demandaient depuis des années :

  • Une approche globale et cohérente,
  • Un panachage de solutions complémentaires formant une trajectoire dans le temps et dans l’espace,
  • Des moyens financiers pour les investissements nécessaires,
  • La prise en compte des populations les plus fragiles avec des aides dédiées.

Faisant le constat que, bien souvent, l’absence de compréhension des mécanismes du changement climatique par les décideurs ont débouché sur des décisions au mieux contradictoires, au pire dévastatrices et anachroniques, un plan de formation de la fonction publique, en particulier des décideurs, aux incontournables du climat et de la biodiversité associés à des plans d’actions opérationnels est mis en œuvre après une phase de rodage fin 2022.

La déclinaison territoriale de cette planification permettra de s’adapter aux conditions géographiques spécifiques : elle est lancée et devrait aboutir à des feuilles de route spécifiques et négociées par région en 2024.

La déclinaison économique de cette planification dans les budgets verts à tous les niveaux du territoire (national, régional, local) est aussi à saluer.

En apportant des réponses pertinentes à des questions depuis si longtemps restées en suspens, pourquoi la présentation de cette feuille de route n’a-t-elle pas été un succès selon certains médias ? Pourquoi y a-t-il encore des doutes du grand public comme des ONG sur la réalité de sa mise en œuvre ? Pourquoi ouvre-t-elle encore la porte à des critiques mal venues voire à des interprétations fallacieuses de la part des populistes ?

La petite phrase caricaturale sur « le Français et sa bagnole » pourrait dater des années 50 ou 60 sans aucun problème. L’enjeu est pourtant de sortir de la culture des années 60 de la bagnole et avec sa pinup sur le capot, pour s’orienter vers des mobilités moins égoïstes puisque moins individuelles, moins polluantes et aussi moins bruyantes. Une telle phrase détruit en moins de 30 secondes tout le travail d’équipes talentueuses pendant des mois.

Les modèles hégémoniques qui ont dominé après la seconde guerre mondiale sont de plus en plus contestés aujourd’hui mais restent fondamentalement partagés par tous ceux qui n’ont pas connaissance des effets désastreux sur notre environnement et notre santé.

Gardons à l’esprit l’expérience dont se faisait l’écho une députée rurale expliquant comment une toute petite commune avait mis à disposition des personnes âgées pour faire leurs courses une fois par semaine une petite voiture électrique en partage. De nombreuses initiatives dans le domaine existent et ne sont pas suffisamment valorisées car la clé du succès réside dans notre capacité collective à nous projeter dans un monde de demain désirable, qui ne nous prive pas de nos libertés mais qui fasse émerger des pratiques plus économes en ressources naturelles. Il est certain qu’il faut créer du désir et de l’envie pour faire adopter un nouveau modèle de mobilité accessible à tous .

De la même manière d’autres mesures de bon sens sont aujourd’hui peu mobilisés. Prenons l’exemple du rétrofit qui consiste à remplacer le moteur thermique par un moteur électrique dans un véhicule existant. Des études de l’Ademe ont largement analysé les avantages de ce système et identifié les meilleures cibles : les utilitaires pour les artisans, les autobus pour les transports publics. Une association s’est même créée sur le sujet en France : AIRe. Un grand constructeur automobile a prévu la reconversion d’une de ces usines sur ce thème.

Passons au champ des contradictions les plus flagrantes : la biodiversité. Dans ce domaine, la méconnaissance du vivant suinte à tous les niveaux. L’image serait un peu celle de la baignoire qui déborde pour laquelle on ne ferme pas le robinet et on tente de contenir tout de même l’eau.

A quoi cela sert-il de parler de renaturation ou de restauration quand on continue de détruire les éco-systèmes, la faune et la flore systématiquement et sans vergogne ? Le travail de mesure réalisé permet de comprendre les phénomènes dans toutes les communes : le portail sur l’artificialisation des sols permet d’avoir une approche complète, nuancée et détaillée du sujet.

L’exemple de l’autoroute A69 qui fait la une de la presse est un exemple caricatural mais significatif de nos contradictions. D’un côté, un ministre sans doute sincère explique qu’il veut réduire l’usage des véhicules individuels. De l’autre, il poursuit un projet d’infrastructure au service du véhicule individuel des années 70… Il ne comprend sans doute pas que les arbres matures qu’il accepte de détruire apportent des services écosystémiques majeurs et que ces services disparaitront pour plus de 30 ans une fois qu’ils seront abattus. Pire, avec le réchauffement climatique, leurs services risquent de disparaitre définitivement. Les élus locaux favorables au projet sont dans le même cas : ils méconnaissent les impacts délétères de leur fidélité à des promesses électorales correspondant à la culture des années 80-90. Comment leur reprocher d’appliquer l’état de droit et la démocratie ?

Pourtant les scientifiques et les ONG alertent sur les conséquences irrémédiables de ces décisions : la situation des arbres est déjà catastrophique en France et les services écosystémiques qui leur sont attachés sont en train de disparaitre.  Cela ressort dans l’avis défavorable de l’autorité environnementale. On peut comprendre qu’ils militent pour l’arrêt du projet. Cet exemple montre en concentré l’ensemble des difficultés que rencontre l’objectif de zéro artificialisation nette sur le terrain et la difficulté à prendre en compte l’urgence face à l’effondrement de la biodiversité en France dans le concret.

Nous sommes face à une complexité des interactions très importantes où chacune de nos actions entraîne de dégâts irréversibles pour les générations futures. L’annonce de la remise à plat des projets autoroutiers par le ministre est un premier pas vers l’adaptation de nos pratiques à l’urgence : sera-t-elle suivie d’effets portant l’adhésion de tous ?

Autre exemple significatif de contradiction intrinsèque de plus en plus mal vécu par les Français : la chasse ! Ce lobby extrêmement efficace a réussi à faire « avaler » au plus haut niveau de l’Etat l’oxymore suivant : les chasseurs préserveraient la biodiversité… Conséquence immédiate : le non-respect de la directive oiseaux depuis des années, le massacre organisé et financé d’animaux en voie de disparition.

Que dire de plus ? Même l’extrême droite a compris que les Français avaient changé sur le sujet en abordant la question d’une journée de la semaine sans chasse pour permettre aux ruraux d’être en sécurité chez eux, aux familles de se promener, bref à la grande majorité du public de profiter de la nature sans se faire « canarder ». Le calendrier prévoit la finalisation de la stratégie nationale de la biodiversité avant la fin de l’année : c’est une opportunité de mise en cohérence.

Ces quelques contradictions soulevées permettent de comprendre ce qui suscite la méfiance chez le grand public. Il n’y a pas de projet qui se réalise sans l’adhésion et la confiance. Cela passe par de la cohérence, du courage et de la sincérité, pas seulement de la pédagogie.

Cette planification écologique est un processus d’amélioration continue :  intégrer ce qui manque, améliorer ce qui ne va pas, donner une vision et la porter réellement à chaque étape.

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